La guerre ne meurt jamais
S’il y a une phrase à retenir de l’adaptation du jeu vidéo Fallout visible en ce moment sur Primevideo en une série de 8 épisodes, c’est certainement celle-ci.
On y fait en effet la part belle à la pulsion de mort qui semble être partagée par tous, même dans l’ abri 33 où une vie idyllique règne après un drame apocalyptique vécu par l’humanité il y a plusieurs centaines d’années : l’explosion simultanée de bombes nucléaires sur l’ensemble de la planète.
Quand l’Autre, incarné par un beau jeune homme et les habitants de l’abri 32, arrive pour épouser l’héroïne, l’archétype de la jeune vierge serviable au cœur pur, il est parfait : charmant, aimable, tendre. Deux archétypes se rencontrent alors et nous plongent dans la fin des contes de fées : celle où ils se marièrent et vécurent longuement heureux.
Mais le spectateur a raison de se méfier de ce cadre paradisiaque et très rapidement le faux self tombe pour laisser place à une bande de mercenaires mus par Thanatos dans toute sa force destructrice.
À la recherche du père
Après moultes combats où le gore et l’humour noir accrochent l’œil du spectateur, et l’enlèvement du père de l’héroïne, celle-ci n’a d’autre choix que d’aller à la surface pour partir à la recherche de son géniteur. La mère, nous l’apprenons plus tard, est dite morte et enterrée depuis des années. L’Œdipe affleure donc en même temps que la jeune femme découvre un monde nouveau jusqu’alors inaccessible. Elle y affrontera des êtres qui n’ont de l’être humain qu’une vague apparence, des créatures radioactives contraintes de s’entretuer pour boire un médicament qui leur permet de ne pas se transformer définitivement en zombies, ainsi que des bandits sanguinaires. Thanatos, encore et toujours comme seul moyen de survie.
La montée à la surface de l’héroïne n’est autre chose que l’inconscient qui s’exprime enfin dans la conscience et le personnage de Cooper Howard pourrait être envisagé comme le trauma personnifié qui se laisse peu à peu découvrir. En effet, tout au long des 8 épisodes, le père n’est visible que quelques minutes dans le premier pour réapparaître à la clôture de la première saison. Il laisse ainsi la place à un autre masculin, Cooper, (l’animus de l’héroïne ?), avec qui elle dialogue et par lequel on découvre que le père est l’un des anciens adjoints de Vault tech, la société des abris antiatomiques, à l’origine de la décision de lâcher des bombes nucléaires sur le monde. Les masques tombent, l’Œdipe se résout dans la douleur.
Une critique du capitalisme.
Dans cette série où la guerre ne meurt jamais, la critique du capitalisme y est également largement développée. En effet, les hommes à l’abri dans les bunkers antiatomiques ne sont autres que les descendants des nantis qui ont provoqué la quasi extinction de l’humanité par cupidité. Ils sont restés bloqués dans cet idéal des années 50 qui glorifiait la consommation et l’accumulation de biens.
Le fantasme de l’homme sans foi ni loi qui se fait justice lui-même, personnifié dans le cowboy chasseur de primes Cooper, y occupe aussi une place de choix. Il est également le lien entre cet idéal perdu des années 50 et le présent post apocalyptique (l’an 2296). Il s’oppose à l’archétype du chevalier incarné par Maximus, qui vient en aide de la belle héroïne perdue en terres étrangères. Mais ces images archétypiques y sont toutes deux perverties : le cowboy est corrompu et pourri (dans le sens premier du terme), le chevalier ment et tue à tour de bras tout en gardant néanmoins des valeurs de la chevalerie, telles que le courage ou l’endurance. Le choix de ces images archétypiques partagées dans l’inconscient collectif permet de maintenir l’attention du spectateur tout en avançant l’idée qu’un retour au passé est impossible : c’est la fin du consumérisme à outrance et l’échec des anciens choix.
Fallout apparaît donc bien plus complexe qu’il n’y paraît. La série nous plonge dans l’inconscient collectif où les archétypes opérant dans l’ombre s’incarne à l’écran et nous donne à voir un futur post apocalyptique où la pulsion de mort semble être plus présente que la pulsion de vie. Elle invite également à une réflexion sur la place du capitalisme dans nos vies et ses conséquences sur nos inconscients individuels.
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