Dans la chanson Je t’accuse de l’artiste Suzane, toute la dialectique chère à la psychanalyse, du Je et du Tu, est à l’œuvre. Le titre pose d’emblée ce pronom personnel sujet, signifiant ô combien important et acquis après le Tu, qui permet au sujet de se poser la question de son être.
Le texte débute par l’énumération de prénoms de femmes tristement célèbres pour avoir subi des agressions sexuelles difficilement imaginables. Et là aussi la psychanalyse joue son rôle dans la mesure où elle s’intéresse aux imagos autant qu’aux signifiants.
La chanteuse attaque d’emblée par le tutoiement puissant ; celui qui permet la projection du refoulé et de dénoncer sans nommer directement, explicitement. Ce « t’en à rien à faire toi » peut, au départ, revêtir aussi bien la personne, l’institution, l’état, la société patriarcale. Signifiant devenu libre. Chaque auditeur y place qui il veut, ce qu’il veut. C’est en cela que réside l’universalité de ce texte : l’identification et la projection sont immédiatement possibles.
Même si Suzanne désigne nommément la Justice quelques mots plus loin, le « Tu » employé tout au long de sa chanson peut-être perçu de façon protéiforme. « Tu » est alors tous ces autres. Tous ces autres qui ont su et n’ont rien fait.
Puis arrive le « Je », celui qui est conscientisé et qui vient pointer haut et fort son action : accuser. Mais, à la différence de Zola, « Je » accuse « t’» ; il accuse « Tu ». Ainsi, le Moi est-il renforcé, réaffirmé. Par la sublimation, l’artiste travaille sur le renforcement du Moi, s’affirme et prend sa pleine place dans la société (un des visages du Surmoi) en accusant les agresseurs. A aucun moment le mot « victime » est employé dans cette chanson car c’est une place que l’artiste refuse de prendre, elle rejette cette assignation. Elle conclut d’ailleurs sa chanson par « Et j’assume ».

Laisser un commentaire